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Le portrait du mois : Dans les yeux de Robert

Robert Dahmani garde les portes du stade de Saint-Chamond. Une fois lancé, il ne s’arrête plus d’enchaîner les mots. Un avis sur tout. Un regard, surtout.



Robert Dahmani, et sans les mains
Robert Dahmani, et sans les mains
Il est en compagnie de Carole, la jardinière du stade. Il en a pour cinq minutes à peine, et il revient.
Au cœur de la maison des sports, une tapisserie poster des années 80 ; une plage des Antilles.
On entre chez lui, un logement de fonction. Robert Dahmani est gardien de stade, à Saint-Chamond. Un verre de jus de fruit, Les sales blagues de Vuillemain sur la table du salon. La conversation s’engage comme de naturel. Le téléviseur écran plat allumé, il reçoit à la maison comme si on était de la famille. Et très vite les sujets s’enchaînent. C’est sûr, il n’y a pas que le foot dans la vie.
C’est au bord des terrains que cet homme a attiré notre attention. Ni coach, ni dirigeant, il avait pourtant l’air du gars qui s’y connaît en matière de ballon rond. Le flair était bon. Quelques jours plus tard, on avait rendez-vous avec une « gueule » du football local. Un supporter de l’Olympique Lyonnais.
Du couloir au salon de son appartement, des peintures accrochées.
« J’aime Van Gogh parce que c’est un ravagé. Il faut être torturé pour se trancher l’oreille. Et puis j’aime ces gens qui t’apportent quelque chose, qui sont inclassables ».
Sur l’un des tableaux, un visage connu. « C’est Isabelle, la sœur de Yannick Noah qui l’a peint ». Oui, parce que Yannick Noah est un copain. « Quand il passe dans le coin, il ne manque pas de venir boire le café. On s’est connu en 1990 par le biais de l’association Les enfants de la terre. A l’époque j’installais le terrain de foot. »

Un fils au CA Bastia en CFA

Robert avec le ballon d'or
Robert avec le ballon d'or
Côté paillettes, ses deux fils posent aux côtés des Zinédine Zidane, Daniel Bravo ou encore Bernard Lama. L’aîné, Andy-Eddine, joue cette saison au CA Bastia, en CFA. Le plus jeune, Timothy-Ali, 24 ans, joue en équipe réserve du CO Saint-Chamond.
Formateur en métallerie soudeur, Robert Dahmani, aujourd'hui retraité, se souvient d’une enfance heureuse : « J’ai grandi au milieu d’Italiens, de Polonais, jamais il n’y avait de racisme. Quand je vois ce qu’il se passe aujourd’hui ça me fait mal au ventre. »
Alors, il parlera d’intégration, de politique, de son père arrivé en France le jour de la déclaration de la guerre, le 2 septembre 1939, de sa naissance un jour d’avril à Grand-Croix. Il marque alors un silence, le temps de l’émotion.
« Algérien d’origine, de nationalité française et kabyle de cœur. » Voilà ce qu’il répond quand on lui parle de ses racines, de ses valeurs.
Robert Dahmani ne regrette pas de ne pas avoir poussé les portes du professionnalisme. Tous les trois mois, avec ses potes Dominique Drescot, Robert Valette, Jojo Pro (responsable du centre de formation de l’OL) ou encore Bernard Lacombe, ils se retrouvent sur le plateau de la Croix-Rousse, chez « Nano » Sanchez, pour un bon gueuleton.
« On ne parle pas trop de foot pour ne pas passer pour des anciens combattants. Malgré nos vies différentes, c’est vraiment bien de se revoir. »
Finalement, on n’aura peu parlé de ballon rond. Et c’est aussi bien. Il faut partir, rentrer. Parce que c’est comme ça. Robert Dahmani lui aurait pu continuer de jaser jusqu’au bout de la nuit. Ce soir là, il n’y avait rien de plus à la télé.

C.P

Robert Dahmani digest
né le 7 avril 1949 à Grand-Croix
En tant que joueur (1961-1985) : Grand-Croix, Rive-de-Gier, Olympique Lyonnais, FC Martigues, US L’Horme.
En tant que bénévole : Creusot-Loire, Gazelec Saint-étienne, FC Fonsalas, plus quelques revers et coups droits.

Première partie : Du curée de Grand-Croix à l'Olympique Lyonnais, sa carrière de footballeur (voir deuxième partie en bas de page)


Du tennis à la chanson, Robert Dahmani aurait tout appris à Yannick Noah
Du tennis à la chanson, Robert Dahmani aurait tout appris à Yannick Noah

Deuxième partie : Football d'entreprise, tennis, Robert Dahmani touche à tout